Comprendre le lien entre mode d’alimentation et hygiène bucco-dentaire
Choisir la nourriture adaptée pour son chien, son chat ou son NAC va au-delà de l’appétence ou des promesses « santé » affichées sur les paquets. Un aspect souvent évoqué, parfois controversé, concerne les effets de l’alimentation sèche (croquettes) et de l’alimentation humide (pâtées, mousses, barquettes…) sur la santé dentaire de nos animaux de compagnie. Gratte-elles vraiment la plaque ? Favorisent-elles le tartre ou préviennent-elles les maladies bucco-dentaires ? Décryptage des faits et bonnes pratiques pour un sourire éclatant chez nos compagnons.
Mieux comprendre la formation du tartre et des maladies dentaires
La bouche des chiens, chats, furets et autres NAC héberge une flore bactérienne complexe. Après chaque repas, des résidus alimentaires se déposent sur la surface dentaire, formant un film appelé plaque dentaire. Si cette plaque n’est pas régulièrement enlevée (par mastication, nettoyage mécanique ou brossage), elle se minéralise progressivement pour devenir du tartre, un dépôt jaune ou brun difficile à retirer sans détartrage professionnel.
Le tartre n’est pas anodin : il favorise inflammation des gencives (gingivite), déchaussement des dents, douleurs, mauvaise haleine et, à terme, la perte dentaire. Chez l’animal âgé, les conséquences peuvent aller jusqu’à des infections systémiques si les bactéries passent dans la circulation sanguine.
Alimentation sèche : mythe ou garantie de dents propres ?
On entend fréquemment que les croquettes préviennent la formation du tartre, tandis que la pâtée ou les aliments humides seraient nocifs pour les dents. Cette affirmation mérite d’être nuancée :
- Mastication et effet abrasif : Les croquettes, plus dures, sollicitent la pression de la mâchoire et exercent un effet mécanique qui aide à décoller une partie de la plaque dentaire, en particulier si elles sont de grande taille ou à texture spécifique "dentaire". Cependant, leur efficacité est très variable. Beaucoup d’animaux, notamment les chats, croquent à peine ou avalent directement, réduisant l’intérêt abrasif.
- Les limites de l’effet brossant : Seules certaines croquettes vétérinaires spécifiquement formulées pour l’hygiène bucco-dentaire (taille, dureté, matière fibreuse) montrent une efficacité prouvée sur la réduction du tartre. Les croquettes standards de supermarché ou même premium n’offrent souvent qu’un bénéfice minime.
- Composition et résidus sucrés : Certaines croquettes affichent une teneur non négligeable en sucres lents ou amidon, pouvant nourrir la flore bactérienne et participer au développement du tartre.
Que disent les études ?
De multiples recherches vétérinaires confirment qu’une alimentation exclusivement sèche diminue la vitesse de formation du tartre par rapport à une alimentation exclusivement humide, mais l’effet est modéré et ne se substitue jamais à un entretien mécanique (mastication prolongée ou brossage).
Alimentation humide : responsable des problèmes dentaires ?
La pâtée et la nourriture humide (boîtes, sachets fraîcheur, rations ménagères) sont généralement très appétentes et riches en eau, bénéfiques pour les animaux sujets à la déshydratation ou souffrant d’insuffisance rénale (notamment le chat). Mais leur texture molle laisse-t-elle plus de résidus ?
- Dépôt sur les dents : L’aliment humide a tendance à coller plus facilement à la surface des dents, alimentant la plaque bactérienne si aucune mastication abrasive (osselet, aliment fibreux) ne la complète.
- Particularités des chats et petits chiens : Les races à museau court (bichon, persan…) et les petits formats sont plus sujets à l’accumulation de plaque, car leur bouche est serrée et leurs dents rapprochées.
- Effet sur la flore buccale : Les aliments humides, moins riches en amidon que les croquettes, ne nourrissent pas autant les bactéries productrices d’acides, ce qui limite paradoxalement l’apparition de caries (cas plus rares que le tartre chez l’animal).
En résumé :
Une ration exclusivement humide, sans possibilité de mastication, favorise le dépôt de la plaque dentaire et nécessite donc une vigilance accrue quant à l’hygiène buccale.
Mélanger croquettes et pâtée : le compromis idéal ?
Beaucoup de propriétaires optent pour une alimentation mixte, alternant pâtée et croquettes sur la journée. Cette habitude présente des avantages :
- Meilleure hydratation grâce à la ration humide (essentiel pour les chats sujets aux calculs urinaires).
- Bénéfice modeste d’autonettoyage grâce à la mastication des croquettes.
- Alimentation plus appétente et plus variée.
Attention toutefois : ce panachage n’exonère pas d’une surveillance dentaire régulière et ne garantit pas la prévention des affections buccales à lui seul.
Les alternatives naturelles : os, lamelles et jouets dentaires
Au-delà de la texture de la nourriture, la nature prévoit chez le carnivore un entretien dentaire par la prédation et la mastication d’os crus, tendons et parties fibreuses. Adaptées au domestique moderne, certaines solutions existent :
- Os charnus crus (jamais cuits !) : Offerts occasionnellement sous supervision à des chiens ou chats adultes sans problème dentaire majeur, ils offrent nettoyage naturel et stimulation du chien.
- Friandises masticatoires spécifiques « dentaires » : Lamelles, sticks, bâtonnets à mâcher, testés pour leur effet abrasif. Préférez ceux validés par des labels vétérinaires internationaux (VOHC).
- Jouets dentaires : Cordes, caoutchouc résistant avec picots, prêts à être mâchouillés longuement.
Attention : Risque de fracture dentaire ou d’occlusion intestinale en cas de friandise inadaptée ou de jeu mal surveillé. Demandez conseil à votre vétérinaire avant toute introduction.
Le brossage : la seule méthode vraiment efficace ?
Quelles que soient la ration choisie (sèche, humide ou mixte) et la mastication proposée, le brossage régulier reste la seule mesure scientifiquement prouvée pour limiter durablement la plaque et le tartre. Idéalement, il s’effectue quotidiennement avec une brosse souple et un dentifrice vétérinaire aromatisé (jamais de produits humains).
- Commencez tôt chez le chiot/chaton pour habituer votre animal et minimisez le stress.
- Renforcez par la récompense et le jeu pour rendre ce moment agréable.
Besoins particuliers selon l’âge et la condition
La santé bucco-dentaire varie selon plusieurs facteurs :
- Chez les animaux âgés : La diminution de la mastication et la baisse de production salivaire accentuent les dépôts. Ration humide (parfois imposée par l’état dentaire) nécessite une surveillance et des soins renforcés.
- Chez le chiot/chaton : Attention aux croquettes trop dures ou de grande taille sur une dentition temporaire.
- Pathologies spécifiques : Certaines maladies (diabète, insuffisance rénale, gingivite chronique) aggravent le risque de problèmes dentaires et rendent la prévention encore plus indispensable.
Questions fréquentes sur alimentation et dents chez l’animal
- Donner que des croquettes suffit-il à protéger des maladies dentaires ?
Non, la mastication aide modérément, mais le brossage reste fondamental pour une vraie prévention. - La pâtée provoque-t-elle forcément du tartre ?
Elle favorise le dépôt si l’animal n’a aucun apport abrasif, mais la composition de la ration, la prédisposition individuelle et l’hygiène globale jouent un grand rôle. - Existe-t-il des croquettes « miracles » ?
Certaines formules vétérinaires anti-tartre possèdent un effet démonté, mais aucune ration industrielle ne remplace le suivi vétérinaire ni le nettoyage mécanique régulier. - Un chat d’intérieur doit-il avoir une ration différente pour ses dents ?
Sa faible activité de chasse nécessite d’autant plus un contrôle de la bouche et la proposition de solutions d’entretien (brossage, mastication contrôlée).
Pratiques recommandées pour une bouche saine
- Choisir une ration équilibrée adaptée à l’âge, à la race et à l’état de santé de l’animal
- Pensez à proposer une mastication régulière (friandises dentaires, jouets sécurisés ou mastics vétérinaires)
- Intégrer progressivement le brossage au quotidien
- Prendre rendez-vous une fois par an chez le vétérinaire pour un examen bucco-dentaire et, si besoin, un détartrage professionnel
- Surveiller toute modification de l’haleine, de la couleur des gencives ou du comportement à la mastication
Alimentation sèche ou humide, le plus important demeure l’attention et la régularité des soins accordés aux dents de votre compagnon. La prévention, tout comme le dialogue avec votre vétérinaire, reste la clef d’une bouche en bonne santé, pour un bien-être durable… et des câlins sans mauvaise haleine !